De l’Index à l’Inventaire ? Gestion du ...
Type de document :
Autre communication scientifique (congrès sans actes - poster - séminaire...): Communication dans un congrès sans actes
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Titre :
De l’Index à l’Inventaire ? Gestion du capital linguistique ouest-flamand à l’heure de la patrimonialisation des langues régionales.
Auteur(s) :
Ghillebaert, Christian-Pierre [Auteur]
Centre d'Études et de Recherches Administratives, Politiques et Sociales (CERAPS) - UMR 8026

Centre d'Études et de Recherches Administratives, Politiques et Sociales (CERAPS) - UMR 8026
Titre de la manifestation scientifique :
Le tournant des langues régionales, entre patrimonialisation et renaissance
Ville :
Arras (Université d'Artois)
Pays :
France
Date de début de la manifestation scientifique :
2024-12-13
Discipline(s) HAL :
Sciences de l'Homme et Société/Science politique
Résumé :
Dans l’histoire du flamand occidental en France, l’année 2021 pourrait être considérée comme doublement décisive pour la survie ou la revitalisation de cette langue régionale en ce que son premier semestre est marqué, au ...
Lire la suite >Dans l’histoire du flamand occidental en France, l’année 2021 pourrait être considérée comme doublement décisive pour la survie ou la revitalisation de cette langue régionale en ce que son premier semestre est marqué, au Parlement, par l’adoption de la loi Molac et son second semestre se clôt, pour l’Education nationale, avec la parution de la nouvelle circulaire sur les langues et cultures régionales. Tandis que l’une place le flamand occidental, comme les autres langues régionales, sous la protection du Code du Patrimoine, l’autre cite nommément cette langue parmi celles concernées par les dispositions du Code de l’Education relatives à l’enseignement des langues et cultures régionales. Certes, l’attribution d’un label « patrimoine » ne suffit pas à sauver un bien matériel ou une pratique culturelle de leur dégradation ou de leur disparition, mais elle ouvre des perspectives d’action pour leur préservation ou leur promotion. De même, l’enseignement d’une langue minoritaire ou dévitalisée ne suffit pas à en prévenir la dévalorisation ou l’extinction, mais sans son enseignement sa dévalorisation est renforcée et son extinction, hâtée. La loi Molac, tout comme l’article 75-1 de la Constitution sur lequel elle s’appuie, permet en quelque sorte d’aligner le droit sur les faits, puisque les militants linguistiques excipent depuis longtemps de la patrimonialité des langues régionales pour appeler à leur préservation et promotion. Elle permet également d’aligner l’à-faire sur le droit. Or eu égard aux urgences linguistiques et aux milieux administratifs ou économiques souvent peu hospitaliers, cet à-faire semble a priori dépasser largement le cadre général fourni par cette loi. Pour paraphraser Clausewitz, la patrimonialisation des langues régionales est la continuation de la politique linguistique par d’autres moyens. Nous nous proposons précisément, dans cette communication, à partir du cas du flamand occidental, d’émettre des réserves sur la pertinence de la patrimonialisation linguistique si c’est à ce seul moyen que doit se résumer la politique linguistique appliquée aux langues régionales. Notre propos s’articulera en deux temps. Tout d’abord, nous examinerons le rapport des parties prenantes à la patrimonialité, suggérée puis confirmée légalement, du flamand occidental. Nous nous attacherons, tout particulièrement, à l’analyse des discours épilinguistiques depuis le 19ème siècle, tantôt empreints du conservatisme loyaliste du mouvement érudit français (cf. la focalisation sur les « monuments littéraires » du passé et l’épigraphie), tantôt formatés par la tradition académique belgo-néerlandaise (cf. la tentative de description diatopique exhaustive de l’aire néerlandophone et de description diachronique de l’ère néerlandophone ; dialectologie klossienne), car ces discours ont contribué à patrimonialiser un flamand occidental en France perçu dès lors comme l’ensemble des vestiges linguistiques d’un monde social perdu ou en passe de l’être. Nous étudierons aussi l’émergence, dans les années 1970, puis le développement, au 21ème siècle, de discours épilinguistiques alternatifs, qui, traduisant un refus de la dévaluation de l’utilité sociale du flamand occidental et de la dévalorisation sociale des utilisateurs de cette langue, n’admettent le patrimoine linguistique ouest-flamand que comme un capital linguistique mobilisable. De plus, nous montrerons que le caractère transfrontalier du flamand occidental complexifie la gestion de ce patrimoine ou capital linguistique, quand il n’en entrave pas la constitution ou restitution. En effet, si, par définition presque, la notion de patrimoine implique la jouissance des biens hérités (pour mieux en justifier la maintenance) et un devoir de maintenance de ces biens hérités (pour en permettre une meilleure jouissance), la langue régionale transfrontière doit être considérée comme un patrimoine linguistique partagé. A qui revient, alors, le droit de bénéficier des avantages de l’existence dudit patrimoine ? Et à qui, parallèlement, incombe le devoir de réduire les menaces de dégradation ? La bonne gestion du patrimoine en-deçà d’une frontière est-elle possible si, (depuis) au-delà, sa dilapidation se poursuit ? Dans un deuxième temps, nous observerons les conditions pratiques d’acceptation et d’implémentation de la patrimonialisation du flamand occidental, en tenant compte des rapports de force existant dans le champ d’action local constitué autour de l’objet « flamand (occidental) ». Cette patrimonialisation ne paraît souhaitable ou possible que si elle ne contrevient pas à trois principes qui président notoirement aux initiatives en faveur du flamand occidental ou au soutien à ces initiatives : inévitabilisation, visibilisation et viabilisation. Premièrement, la résolution du conflit identitaire latent ou patent des ouest-flamandophones français a pris la forme d’une adhésion (assez récente) à une nomenclature linguistique validée politiquement qui, au moins en France, admet l’existence du flamand occidental comme variété linguistique légitime au sein d’une catégorie spécifique, « les langues régionales », et ainsi valide le sentiment d’appartenance à un groupe imaginé sur des critères linguistico-culturels. Le principe d’inévitabilisation vise ici à garantir cette existence et favoriser sa persistance par l’investissement des ressources (humaines, financières, intellectuelles, symboliques) disponibles dans des actions identifiées comme bénéfiques pour la langue régionale ouest-flamande et dans toute action qui certifie sa qualité de langue régionale parmi les autres langues régionales. D’où, ces vingt dernières années, la tentative de systématisation de la représentation du flamand occidental dans les manifestations, entreprises ou publications regardant les langues régionales en vue d’une automatisation de la citation ou du ciblage du flamand occidental lors des politiques linguistiques nationales ou locales. Nous pourvoirons ici un certain nombre d’exemples concrets de stratégies mises en place dans le cadre du principe d’inévitabilisation. Deuxièmement, le principe de visibilisation tente de contrarier le phénomène pluriséculaire de minorisation-marginalisation des pratiques ouest-flamandophones dans l’espace public et le phénomène connexe de minorisation-marginalisation de ces pratiques dans les espaces privés. La visibilisation est, dans le cas du flamand occidental à tout le moins, une présentialisation de la langue régionale dans la mesure où, d’une part, elle implique une présence visible de la ouest-flamandophonie comme fait linguistique et comme fait historique (cf. la signalétique bilingue) et où, d’autre part, elle inscrit le flamand occidental dans le présent et le quotidien plutôt qu’il ne subsiste dans les traces du passé et dans l’exceptionnalité aménagée (e.g. branding ouest-flamand circonscrit à la gastronomie) ou régulée (e.g. récitation d’un refrain en flamand occidental lors de la parade du four merveilleux de Cassel). Nous noterons ainsi la timide pénétration progressive du marché des biens culturels (e.g. publication de livres et de jeux de société en flamand occidental) et éducatifs (e.g. appli pour apprendre le flamand occidental) ainsi que l’insertion croissante d’encarts ou de formules d’adresse ou de salutation (écrites ou orales) dans la communication publique, privée ou associative à l’intention du public. Troisièmement, prenant le contre-pied de la folklorisation, le principe de viabilisation suppose que les actions en faveur du flamand occidental ne se réduisent ni à une « cosmétique de la langue », c’est-à-dire l’acquisition ou l’entretien d’une connaissance superficielle suffisante pour un positionnement supposé plus favorable en marketing (avantage concurrentiel sur le marché touristique), ni à une collection de biens curriculaires, c’est-à-dire l’expérience d’un enseignement décorrélé de l’exercice de compétences transposables hors du monde scolaire. La viabilisation cherche à rendre une configuration sociale propice à la restauration de la ouest-flamandophonie en France, au profit et par l’intermédiaire des derniers primolocuteurs et re-locuteurs, ou à la rénovation de cette ouest-flamandophonie, en destination et avec l’aide de néo-locuteurs. Dans notre conclusion, nous ne manquerons pas de porter notre réflexion sur la juridicisation des moyens d’action mis à disposition des militants linguistiques, dont témoigne la patrimonialisation des langues régionales, et sur l’économicisation des débouchés de ces actions qui accompagne, voire précède, cette juridicisation, à titre compensatoire le plus souvent.Lire moins >
Lire la suite >Dans l’histoire du flamand occidental en France, l’année 2021 pourrait être considérée comme doublement décisive pour la survie ou la revitalisation de cette langue régionale en ce que son premier semestre est marqué, au Parlement, par l’adoption de la loi Molac et son second semestre se clôt, pour l’Education nationale, avec la parution de la nouvelle circulaire sur les langues et cultures régionales. Tandis que l’une place le flamand occidental, comme les autres langues régionales, sous la protection du Code du Patrimoine, l’autre cite nommément cette langue parmi celles concernées par les dispositions du Code de l’Education relatives à l’enseignement des langues et cultures régionales. Certes, l’attribution d’un label « patrimoine » ne suffit pas à sauver un bien matériel ou une pratique culturelle de leur dégradation ou de leur disparition, mais elle ouvre des perspectives d’action pour leur préservation ou leur promotion. De même, l’enseignement d’une langue minoritaire ou dévitalisée ne suffit pas à en prévenir la dévalorisation ou l’extinction, mais sans son enseignement sa dévalorisation est renforcée et son extinction, hâtée. La loi Molac, tout comme l’article 75-1 de la Constitution sur lequel elle s’appuie, permet en quelque sorte d’aligner le droit sur les faits, puisque les militants linguistiques excipent depuis longtemps de la patrimonialité des langues régionales pour appeler à leur préservation et promotion. Elle permet également d’aligner l’à-faire sur le droit. Or eu égard aux urgences linguistiques et aux milieux administratifs ou économiques souvent peu hospitaliers, cet à-faire semble a priori dépasser largement le cadre général fourni par cette loi. Pour paraphraser Clausewitz, la patrimonialisation des langues régionales est la continuation de la politique linguistique par d’autres moyens. Nous nous proposons précisément, dans cette communication, à partir du cas du flamand occidental, d’émettre des réserves sur la pertinence de la patrimonialisation linguistique si c’est à ce seul moyen que doit se résumer la politique linguistique appliquée aux langues régionales. Notre propos s’articulera en deux temps. Tout d’abord, nous examinerons le rapport des parties prenantes à la patrimonialité, suggérée puis confirmée légalement, du flamand occidental. Nous nous attacherons, tout particulièrement, à l’analyse des discours épilinguistiques depuis le 19ème siècle, tantôt empreints du conservatisme loyaliste du mouvement érudit français (cf. la focalisation sur les « monuments littéraires » du passé et l’épigraphie), tantôt formatés par la tradition académique belgo-néerlandaise (cf. la tentative de description diatopique exhaustive de l’aire néerlandophone et de description diachronique de l’ère néerlandophone ; dialectologie klossienne), car ces discours ont contribué à patrimonialiser un flamand occidental en France perçu dès lors comme l’ensemble des vestiges linguistiques d’un monde social perdu ou en passe de l’être. Nous étudierons aussi l’émergence, dans les années 1970, puis le développement, au 21ème siècle, de discours épilinguistiques alternatifs, qui, traduisant un refus de la dévaluation de l’utilité sociale du flamand occidental et de la dévalorisation sociale des utilisateurs de cette langue, n’admettent le patrimoine linguistique ouest-flamand que comme un capital linguistique mobilisable. De plus, nous montrerons que le caractère transfrontalier du flamand occidental complexifie la gestion de ce patrimoine ou capital linguistique, quand il n’en entrave pas la constitution ou restitution. En effet, si, par définition presque, la notion de patrimoine implique la jouissance des biens hérités (pour mieux en justifier la maintenance) et un devoir de maintenance de ces biens hérités (pour en permettre une meilleure jouissance), la langue régionale transfrontière doit être considérée comme un patrimoine linguistique partagé. A qui revient, alors, le droit de bénéficier des avantages de l’existence dudit patrimoine ? Et à qui, parallèlement, incombe le devoir de réduire les menaces de dégradation ? La bonne gestion du patrimoine en-deçà d’une frontière est-elle possible si, (depuis) au-delà, sa dilapidation se poursuit ? Dans un deuxième temps, nous observerons les conditions pratiques d’acceptation et d’implémentation de la patrimonialisation du flamand occidental, en tenant compte des rapports de force existant dans le champ d’action local constitué autour de l’objet « flamand (occidental) ». Cette patrimonialisation ne paraît souhaitable ou possible que si elle ne contrevient pas à trois principes qui président notoirement aux initiatives en faveur du flamand occidental ou au soutien à ces initiatives : inévitabilisation, visibilisation et viabilisation. Premièrement, la résolution du conflit identitaire latent ou patent des ouest-flamandophones français a pris la forme d’une adhésion (assez récente) à une nomenclature linguistique validée politiquement qui, au moins en France, admet l’existence du flamand occidental comme variété linguistique légitime au sein d’une catégorie spécifique, « les langues régionales », et ainsi valide le sentiment d’appartenance à un groupe imaginé sur des critères linguistico-culturels. Le principe d’inévitabilisation vise ici à garantir cette existence et favoriser sa persistance par l’investissement des ressources (humaines, financières, intellectuelles, symboliques) disponibles dans des actions identifiées comme bénéfiques pour la langue régionale ouest-flamande et dans toute action qui certifie sa qualité de langue régionale parmi les autres langues régionales. D’où, ces vingt dernières années, la tentative de systématisation de la représentation du flamand occidental dans les manifestations, entreprises ou publications regardant les langues régionales en vue d’une automatisation de la citation ou du ciblage du flamand occidental lors des politiques linguistiques nationales ou locales. Nous pourvoirons ici un certain nombre d’exemples concrets de stratégies mises en place dans le cadre du principe d’inévitabilisation. Deuxièmement, le principe de visibilisation tente de contrarier le phénomène pluriséculaire de minorisation-marginalisation des pratiques ouest-flamandophones dans l’espace public et le phénomène connexe de minorisation-marginalisation de ces pratiques dans les espaces privés. La visibilisation est, dans le cas du flamand occidental à tout le moins, une présentialisation de la langue régionale dans la mesure où, d’une part, elle implique une présence visible de la ouest-flamandophonie comme fait linguistique et comme fait historique (cf. la signalétique bilingue) et où, d’autre part, elle inscrit le flamand occidental dans le présent et le quotidien plutôt qu’il ne subsiste dans les traces du passé et dans l’exceptionnalité aménagée (e.g. branding ouest-flamand circonscrit à la gastronomie) ou régulée (e.g. récitation d’un refrain en flamand occidental lors de la parade du four merveilleux de Cassel). Nous noterons ainsi la timide pénétration progressive du marché des biens culturels (e.g. publication de livres et de jeux de société en flamand occidental) et éducatifs (e.g. appli pour apprendre le flamand occidental) ainsi que l’insertion croissante d’encarts ou de formules d’adresse ou de salutation (écrites ou orales) dans la communication publique, privée ou associative à l’intention du public. Troisièmement, prenant le contre-pied de la folklorisation, le principe de viabilisation suppose que les actions en faveur du flamand occidental ne se réduisent ni à une « cosmétique de la langue », c’est-à-dire l’acquisition ou l’entretien d’une connaissance superficielle suffisante pour un positionnement supposé plus favorable en marketing (avantage concurrentiel sur le marché touristique), ni à une collection de biens curriculaires, c’est-à-dire l’expérience d’un enseignement décorrélé de l’exercice de compétences transposables hors du monde scolaire. La viabilisation cherche à rendre une configuration sociale propice à la restauration de la ouest-flamandophonie en France, au profit et par l’intermédiaire des derniers primolocuteurs et re-locuteurs, ou à la rénovation de cette ouest-flamandophonie, en destination et avec l’aide de néo-locuteurs. Dans notre conclusion, nous ne manquerons pas de porter notre réflexion sur la juridicisation des moyens d’action mis à disposition des militants linguistiques, dont témoigne la patrimonialisation des langues régionales, et sur l’économicisation des débouchés de ces actions qui accompagne, voire précède, cette juridicisation, à titre compensatoire le plus souvent.Lire moins >
Langue :
Français
Audience :
Internationale
Vulgarisation :
Non
Établissement(s) :
Université de Lille
CNRS
CNRS
Collections :
Date de dépôt :
2025-02-07T09:31:27Z
2025-02-07T09:53:58Z
2025-02-12T10:37:46Z
2025-02-07T09:53:58Z
2025-02-12T10:37:46Z
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