Une simple affaire de famille ? Usage et ...
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Title :
Une simple affaire de famille ? Usage et portée du mot « proles » dans la France de l'Ouest (IXe-XIIe siècle)
Author(s) :
Journal title :
Bulletin de la Société archéologique du Finistère
Pages :
241-266
Publisher :
Société archéologique du Finistère
Publication date :
2012
ISSN :
0249-6763
HAL domain(s) :
Sciences de l'Homme et Société/Histoire
French abstract :
Soucieux de connaître la manière dont l'homme du Moyen Âge considérait sa famille et sa parentèle, l'historien s'est penché sur les actes de la pratique pour examiner avec soin les formules dites « pro anima » qui, dans ...
Show more >Soucieux de connaître la manière dont l'homme du Moyen Âge considérait sa famille et sa parentèle, l'historien s'est penché sur les actes de la pratique pour examiner avec soin les formules dites « pro anima » qui, dans les chartes de donation et selon la volonté du bienfaiteur, réunissent les bénéficiaires des oraisons des hommes d'Église. Il a noté l'attention portée aux ancêtres et le souci pour la génération future. Il semble cependant que, plus que les mots eux-mêmes, ce soit, sur ce dernier point, l'idée qui ait été relevée. Or, les résultats de quelques sondages concernant les termes qui désignent les enfants, garçons et filles, dans les actes de la pratique, suscitent des interrogations. Filius s'impose quand il s'agit d'évoquer les enfants, mâles en l'occurrence, d'un donateur. Ainsi, cent trente sept chartes sur les quatre mille quatre cent dix-huit actes de l'abbaye de Cluny antérieurs au XIII e siècle comprennent une formule pro anima incluant le mot filius. La fréquence de ce dernier terme devient immédiatement plus sensible quand elle est comparée à celle de proles qui, visant « les enfants », « la postérité », « la lignée », n'apparaît, en effet et dans le même contexte, qu'à deux reprises 1. Si l'on élargit la base documentaire pour considérer vingt-quatre mille six cent cinquante-quatre actes rédigés au sein du royaume franc entre la fin du VIII e siècle et l'entrée dans les années 1200 2 , proles demeure rare. Il n'est, de fait, attesté qu'à quatre-vingt-sept reprises, soit dans moins de 0,36% des écrits considérés 3. Les mentions relevées tendent à corroborer les remarques de Pierre Toubert qui notait que proles contribue, bien plus que filius, à faire de la descendance un élément du plan divin, précisant ensuite que ce mot souligne la légitimité de l'enfant et implique, de facto, le respect du cadre chrétien du mariage 4. Proles vise, dans quelques chartes, les enfants de certains comtes 5 , mais il semble surtout apprécié des princes normands et bretons qui l'emploient, comme les monarques carolingiens et capétiens et les rois d'Angleterre, dans le cadre d'une formule pro anima 6. Si elles sont au nombre de onze dans les actes des ducs de Normandie, * Docteur en histoire de l'université de Poitiers, membre du CHISCO, EA CNRS 1587 \u2013 Université Paris-Ouest-Nanterre-La Défense.Show less >
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Language :
Français
Audience :
Internationale
Popular science :
Non
Administrative institution(s) :
CNRS
Université de Lille
Université de Lille
Submission date :
2021-04-02T13:29:27Z